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Façades aveugles, des maisons archi intimes


De plus en plus d’habitations présentent une façade avant quasi aveugle, alors qu’à l’arrière du bâtiment, de généreuses baies vitrées distribuent la lumière sans compter. Architecture novatrice ou démarche asociale?

Bon nombre de nouveaux projets n’arborent que quelques fenêtres côté façade avant, privilégiant un apport de luminosité maximum à l’arrière. Selon les architectes, la raison première de ce type de démarche résulte du fait que le client n’est nullement intéressé par une vue sur le lotissement, mais aussi que souvent, la façade avant est située côté nord, ce qui d’un point de vue énergétique n’implique pas de devoir y intégrer des fenêtres. Cette économie d’énergie a énormément d’importance dans les nouveaux projets de construction.

Photo: B-Architecten. www.b-architecten.be

Phénomène culturel

Ce phénomène marque une nette évolution par rapport à ce qui se faisait dans les années ’50, quand l’espace de vie se situait à l’avant de la maison: on aimait alors voir ce qui se passait dans la rue, mais aussi être vus. La façade arrière importait peu, en effet le jardin était considéré comme un espace fonctionnel où cultiver des légumes et élever des poules.

Aujourd’hui, se protéger des voisins et des passants est un phénomène culturel, que l’on retrouve davantage en Belgique qu’aux Pays-Bas par exemple, où la promiscuité et le vis-à-vis ne semblent pas être un problème. Chez nous, dès l’emménagement dans une nouvelle maison, on place d’emblée des rideaux et stores aux fenêtres pour préserver notre intimité. Exemple extrême de ce phénomène: les nouveaux projets architecturaux affichant des façades aveugles.

Photo: B-Architecten. www.b-architecten.be

Dans nos calmes campagnes

C’est principalement dans les nouveaux lotissements ou dans les campagnes urbanisées que les gens souhaitent se couper de leur voisinage. Si le phénomène résulte d’un besoin d’intimité et de calme une fois le week-end venu, on remarque également que d’autres facteurs sociologiques sont en cause. La relation de voisinage n’est plus aussi intense qu’au siècle dernier où les déménagements étaient moins fréquents.

Ce nouveau style architectural est donc une conséquence de l’éclosion de l’individualisation: dans les années ’60 déjà, l’arrivée de l’automobile avait amorcé un repli sur soi et l’apparition des garages eut pour conséquence la création du style bel-étage, témoin précoce d’une envie de prendre ses distances par rapport à la rue. Avec la démocratisation de produits comme la télévision, les consoles de jeux et internet, les gens ont changé leur manière de vivre et les heures passées devant les écrans ont réduit les contacts sociaux, et donc l’intérêt pour la vie de quartier.

Photo: B-Architecten. www.b-architecten.be

Un besoin d’intimité pathologique?

Y a-t-il des limites à ce besoin d’intimité et à cette tendance à s’isoler de la vie publique? Imaginez une rue dont les maisons seraient exclusivement tournées vers elles-mêmes: l’impact sur l’espace public serait énorme et la rue deviendrait un lieu angoissant où les habitants sembleraient se déresponsabiliser totalement de ce qui se passe à l’extérieur. Le défi est de trouver un équilibre harmonieux entre convivialité et intimité.

Photo: Tom Lierman. www.lierman-lierman.com

Source : rédaction Déco Idées

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